Mysteres bulgares



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Description: Il y a des voyages que l'on traque telles des chimères. Le voyage est comme la chasse au dahut, ce qui compte n'est pas d'attraper cette créature tant convoitée mais de la fantasmer, se laisser imbiber par sa magie. Mon rêve avait pour décor la Bulgarie juive : sans en connaître d'avantage je me lançais…

Il y a des voyages que l’on traque telles des chimères. Le voyage est comme la chasse au dahut, ce qui compte n’est pas d’attraper cette créature tant convoitée mais de la fantasmer, se laisser imbiber par sa magie.

Mon rêve avait pour décor la Bulgarie juive. sans en connaître d’avantage je me lançais dans la quête du grand possible au cours d’un bref passage en terre balkanique en août 2009. Dans ma quête de musique juive en Bulgarie, je me savais quelque peu condamnée à traquer l’intraquable, emportée par l’élan nostalgique des fantômes du passé. Pourtant, encore une fois, ce n’est pas la destination qui compte mais plutôt le chemin fait de rencontres et de surprises incessantes sans lesquelles le voyage n’a plus de sens.

Arrivée à Sofia, j’ai pu admirer avec stupeur l’effet de surprise du visiteur qui n’attend rien et s’émerveille de presque tout, après avoir lu et entendu :

La synagogue de Sofia, œuvre de l’architecte autrichien Friedrich Grünager, est la plus grande des Balkans et la troisième d’Europe après celles de Budapest et d’Amsterdam.

La grande synagogue de Sofia épate autant par sa grandeur que par son architecture malgré les travaux au pas de course jusqu’en septembre prochain.

La synagogue de Sofia, œuvre de l’architecte autrichien Friedrich Grünager, est la plus grande des Balkans et la troisième d’Europe après celles de Budapest et d’Amsterdam.

Avec le soutien d’organisations israéliennes, ce sera alors l’occasion de célébrer le 09 septembre 2009 le centenaire de l’édifice remis en beauté. Sous la coupole, le grand lustre de Vienne scintille déjà de mille feux. Pourtant depuis plusieurs décennies l’office n’a lieu que dans une petite pièce annexe.

Suite à la Seconde Guerre mondiale, les Juifs de Bulgarie ont émigré massivement pour Israël, notamment entre 1948 et 49.

Contrairement à ceux de Macédoine et de Thrace, les Juifs de Bulgarie ont été relativement épargnés de la déportation. Cependant, la perspective de se voir muselés à nouveau par quarante années de communisme ne réjouit guère les 50 000 juifs que comptait alors la Bulgarie.

Désormais chiffrée à 5000 personnes, la population juive de Bulgarie est en grande majorité séfarade (ou sépharade) à au moins 90%. Alors que Sofia réunit la moitié de cette communauté, il y a seulement quinze Ashkénazes selon mes interlocuteurs. Le ladino, ancienne langue liturgique des judéo-espagnols, est encore couramment pratiqué, certes d’avantage par la génération ancienne. La présence de cette langue atteste de la présence très ancienne des Juifs en Bulgarie. En effet, vers 1494, les Juifs d’Espagne, fuyant l’Inquisition trouvent refuge en partie sur les terres bulgares et 740 mots ladinos ont infiltré la langue bulgare depuis. En outre, Sofia détient le plus grand nombre de livres imprimés en ladino au monde au sein de sa Bibliothèque juive.

Cependant, le peuple juif habitait déjà la Bulgarie bien avant l’Inquisition puisque les vestiges d’une synagogue datant du troisième siècle ont été retrouvés à Plovdiv.

Alors que je rencontre un des rares groupes de folklore juif en Bulgarie, Rosa, une des chanteuses, m’explique. « Ma mère est séfarade et mon père ashkénaze. Il parlait le yiddish (langue séculaire des Juifs ashkénazes) mais c’était une exception, car à Sofia même les ashkénazes parlent le ladino. »

Malgré cette particularité, le fossé culturel entre ashkénaze et séfarade reste encore très marqué pour l’unanimité de cette chorale juive.

Lika EshkenaziLika Eshkénazi, musicienne et chef de chœur. « Ce n’est pas le même langage, ni la même histoire, ni la même culture. c’est très différent. » Le répertoire de la chorale est donc complètement séfarade reconnaissable par l’usage de la tarbouka (derbouka / derbouka) et de couleurs très “orientales” (seconde augmentée). Certaines de ces chansons existent en Turquie et d’ailleurs pour Lika la Turquie et les Balkans sont presque similaires en ce qui concerne leurs traditions musicales. Pour elle, la musique balkanique dépasse toutes les frontières instituées d’ailleurs beaucoup plus tard.

Il est en effet étonnant d’observer à quel point une chanson entendue au hasard en Macédoine et symbolisant la Macédoine d’un côté peut servir d’étendard national…aux Bulgares.

La synagogue de Plovdiv. Actuellement, il y a entre 250 et 300 habitants juifs à Plovdiv. Photo ©Béatrice Papazian.

Fenêtres de la synagogue de PlovdivLa fonction est la même, la chanson, More Sokol Pie est la même mais gare aux quiproquos, le sens est radicalement différent selon l’endroit où l’on se trouve. Le répertoire séfarade de la chorale comprend également de nombreuses chansons en hébreux souvent tirées du répertoire liturgique et là aussi les apparences sont trompeuses car chaque ville, voire chaque synagogue possède sa propre interprétation mélodique des textes sacrés.

« Par exemple, il n’y a qu’à Sofia que nous interprétons Shalom Aleichem de cette façon ».

Ce répertoire hébreu est évidemment le socle commun aux deux cultures séfarade et ashkénaze. Finalement, une chanson ashkénaze apparaît dans le répertoire de la chorale. il s’agit du chant yiddish Sha Shtil. Malgré un attachement très fort à la tradition, les arrangements des chants témoignent d’une volonté de modernité. La chorale chante en effet sur un enregistrement à base de nappes de violons et de synthétiseurs électroniques qui n’est pas sans rappeler un peu le style Raï pour la néophyte que je suis. Pour autant, la musique ne perd rien de son majestueux.

En ce moment, ce même genre d’arrangements fait également fureur chez les Roms et j’ai pu entendre des sons similaires dans le quartier rom de Skopje en Macédoine. Là non plus, les nouvelles tendances ne collent pas exactement avec mes rêves d’exotisme. le traditionnel duo zurla (hautbois) / tapan (percussion) qui servait à accompagner le cortège des mariés est de plus en plus remplacé par un synthétiseur électrique. Tout cela au grand dam des puristes puisque l’usage d’instruments électrifiés se marie mal avec la mobilité qu’impose les cortèges nuptiaux. Finalement, les mariages deviennent alors des fêtes privées à mille lieues des films et très près de nos mariages à la française. Cette scène aurait d’ailleurs certainement pu se passer n’importe où aux Balkans près de n’importe quel centre urbain où l’occidentalisation s’accélère.

Reste que Juifs et Roms se retrouvent encore à partager la même route, celle de la modernisation cette fois. Mais sur cette route, bien d’autres peuples encore sillonnent à l’échelle globale en quête d’une identité sans cesse redéfinie pour le meilleur et pour le pire. Le pire étant l’oubli.

Si l’on dépasse les seuls « Mystères des Voix Bulgares », la Bulgarie recèle des trésors musicaux et elle ne peut laisser personne sur sa faim tant la diversité de sa culture est riche. C’est ainsi qu’après la rencontre du rabbin de Plovdiv, Mr Behar, et de son frère le chanteur Shemuel Behar, j’ai misé sur le grand air des Rhodopes et je suis tombée par chance sur un festival de gaïda (cornemuse).

Au temps des croisades de nombreux Juifs trouvèrent refuge en Bulgarie et le Tsar Ivan Alexander (1331/71) épousa une Juive du nom de Sarah qui, lors de son baptême, adopta le nom de Théodora. En 1376, les Juifs hongrois expulsés s’installèrent en Bulgarie et adoptèrent plus tard les coutumes ashkénazes, mais également celles des Séfarades et se mirent à parler le Ladino. Le premier journal en Ladino, La Alborada, fut créé en 1884.

Le vice-président du Parlement bulgare présenta le 17 mars 1941 au Premier ministre une pétition contre les déportations signée par 42 députés. Des figures politiques, ainsi que des grands noms de l’Église orthodoxe s’étaient joints à cette action et sous la pression, le gouvernement de Bogdan Filov décida de suspendre les déportations des Juifs bulgares. Celles de Thrace et de Macédoine ne purent être évitées.

Dotée d’une culture, d’une langue et d’une religion très spécifique, la communauté juive en Bulgarie a sauvegardé son idendité par l’intermédiaire de nombreuse institutions et activités culturelles. (cf. Revue « Hommes et Migrations » n° 1275).

La synagogue de Plovdiv. Actuellement, il y a entre 250 et 300 habitants juifs à Plovdiv. Photo ©Béatrice Papazian-Peltier.




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